Pour démarer notre nouvelle séquence sur la musique des noirs-américains nous écoutons et chantons une des chansons de jazz les plus jouées au monde : "Body and Soul". Voici le texte et sa traduction : Body And Soul -- Texte et Traduction

Dans la première version écoutée, ce standard composé en 1930 par John Green est interprété par Louis Armstrong.

Louis Armstrong (1900-1971) trompettiste et chanteur de jazz noir-américain dont nous identifions immédiatement la voix rauque, éraillée, enrouée, cassée, grave, non travaillée, avec un vibrato en fin de phrase. (Vous savez ce qu'il vous reste à faire ou à fumer si vous voulez avoir le même timbre de voix que lui !)

L'enregistrement en studio date de 1957 et laisse une belle place aux cordes frottées (notamment dans l'intro, mais également dans les contrechants). C'est un version très commerciale pour grand public. Mais nous sommes le grand public !

Puis Armstrong joue le thème à la trompette, prenant beaucoup de liberté avec le rythme, la mélodie. On verra que c'est une des caractéristiques du jazz que de jouer un standard avec sa propre sensibilité, son propre feeling, en bougeant un peu les notes comme le veut.

Bien évidemment toute la chanson est accompagnée par la "section rythmique" traditionnelle : batterie (jouée discrètement avec des balais), contrebasse (en pizzicatto), et piano (très discret également).

Rappelons que cette chanson d'amour parle d'emblée d'un "cœur triste et solitaire". Il fallait donc choisir une tonalité mineure, le tout dans un tempo lent.

Pour le moment nos élèves de quatrièmes ne se débrouillent pas trop mal avec l'anglais !

Version 2 par Billie Holiday


Cet enregistrement plus ancien date de 1940. Ca gratte un peu comme dans les vieux films : on a l'impression que le son sort d'une petite boîte. Encore une fois on remarque la liberté avec laquelle la chanteuse s'empare du standard (morceau de jazz connu) et le modifie selon ses envies : elle change le texte, modifie le rythme et varie la mélodie. Sa voix pleine d'émotion a une diction très claire, nette et précise : on comprend chaque mot. En fait elle utlise sa voix comme un instrument.

La section rythmique est assurée comme d'hab. par batterie, piano et contrebasse. La trompette joue une courte intro puis fait un solo improvisé au milieu du morceau mais en modifiant son timbre avec une sourdine. A noter que la section mélodique est augmentée de quelques saxophones qui accompagnent tout discrètement.

Oh happy day

Nous avons écouté ce célèbre Gospel (musique religieuse de noirs-américains) dans la version de Sister Act 2. On y trouve tous les ingrédients du genre : un choeur et un soliste qui se répondent en call-and-response (en fr. chant responsorial) ; beaucoup de liberté d'improvisation de la part du soliste ; une irrésistible envie de bouger, frapper le rythme, danser... c'est l'expression de la joie profonde des noirs malgré les épreuves très rudes de cette communauté longtemps malmenée. J'adore cette version parce que Whoopi Goldberg fait un peu la même chose que tous les profs de musique qui demandent à leurs petits de se décoincer... Lachez-vous !

Strange Fruit (Billie Holiday, 1939)

On revient à Billie Holiday dans cette chanson qui la caractérise peut-être le plus, puisqu'elle l'a souvent chantée à la fin de ses concerts.
Véritable manifeste de lutte pour les droits civiques des noirs américains, ce poème de 1937 d'Able Meerpool, enregistré par Billie en 1939, aborde le sujet terrible des lynchages des noirs dans le sud des Etats-Unis. Voici le texte, sa traduction et les quelques points étudiés en classe. Strange Fruit.pdf

En conclusion : notre séquence aura fait un petit tour par quelques musiques des noirs américains : le jazz (pour le divertissement), le Gospel (pour l'expression de la religion), le blues (pas étudié ici, pour l'expression de leur dur quotidien), la chanson engagée (celle avec laquelle on mène un combat).